l’histoire du kintsugi

les origines

Tout commence il y a presque 600 ans dans le Japon féodal.

Le shogun Ashikaga Yoshimasa avait plaisir à boire le thé dans son bol chawan fétiche en porcelaine chinoise… et un matin, il lui échappe des mains !

D’abord, il l’envoie en Chine pour réparation, mais le style agrafes métalliques ne lui plait pas du tout !

Pas découragé pour autant, il met au défi ses meilleurs artisans de lui proposer une réparation plus esthétique.

Maîtres dans l’art de la laque végétale (dite urushi), certains artisans japonais la combinent souvent à des poudres métalliques pour magnifier leurs pièces : c’est ce qu’on appelle le maki-e.

Recevant ce bol impérial, les artisans ont alors l’idée d’utiliser cette laque urushi pour le recoller, avec une finition à la poudre d’or pour recouvrir les fissures… et le kintsugi est né !

Le mot Kintsugi (金継ぎ) est tout simplement composé de    kin 金 : or    et    tsugi 継ぎ : jointure, ce qui est joint.

le wabi-sabi

Le kintsugi est fondé sur des principes esthétiques ancrés dans le wabi-sabi.

Mais au fait, c’est quoi le wabi-sabi ??

Vaste question.

Léonard Koren, architecte américain, nous propose :

« le wabi-sabi est le trait le plus évident et le plus caractéristique de ce qui représente à nos yeux la beauté japonaise traditionnelle. Il occupe sensiblement la même place dans le panthéon des valeurs esthétiques japonaises que les idéaux grecs de beauté et de perfection en occident. Dans son sens le plus étroit, le Wabi-Sabi est un type particulier de beauté ; dans son acception la plus large, c’est un mode de vie (…) le Wabi-Sabi apparait comme un paradigme esthétique basé sur la nature, qui réintroduit dans l’art de vivre santé et proportions ».

>>   Alors, le wabi-sabi, ce serait la beauté « à la Japonaise » ?

Richard Collasse, Français devenu amoureux du Japon, nous offre aussi des pistes en parlant de « frustration plaisante de l’inachevé » avec des mots qui reviennent souvent quand on parle de wabi-sabi :

« fugacité, fragilité, imperfection, anomalie, impertinence, asymétrie, rugosité, simplicité, rusticité, patine, usure, rouille (…), fraîcheur, économie, austérité, modestie, intimité, mélancolie, sérénité, détachement, solitude, tranquillité, vide, désolation »

Selon sa femme, Japonaise, « le wabi-sabi ce sont les anomalies qui ajoutent de la rareté aux choses et les rendent ainsi plus belles »

>>   Serait-ce alors la beauté si particulière des choses imparfaites ?

Richard J.Powell, quant à lui, affirme que c’est « l’authenticité reposant sur trois simples réalités : rien ne dure, rien n’est fini, rien n’est parfait »

les grands principes du kintsugi

Le Kintsugi se distingue des autres modes de réparation car il est né à l’époque où la philosophie du wabi-sabi était dominante au Japon (nous en avons parlé la dernière fois, vous vous souvenez ?)

En plus de présenter un trait esthétique caractéristique et reconnaissable entre mille, le Kintsugi tente de réintroduire 3 magnifiques principes dans nos vies :

– Nature

– Proportions

– Santé

☘️   Nature / Car tous les matériaux utilisés sont des matières naturelles brutes, très peu ou pas transformées du tout.

Pour pousser l’idée un peu plus loin, on pourrait dire que tout ce dont on a besoin pour une réparation peut se trouver facilement, où se fabriquer facilement à partir…de l’environnement : farine de blé, charbon, terre argileuse, laque urushi, or, …

⚖️   Proportions / Les matériaux sont utilisés en toute petite quantité lors d’une réparation.

Pour très peu de ressources utilisées, la valeur ajoutée d’une réparation est immense.

❣️   Santé / Et quand on utilise des matériaux naturels en toutes petites proportions, on ne met pas sa santé en danger !

Le Kintsugi peut vous permettre de réutiliser vos objets du quotidien (notamment ceux destinés à l’usage alimentaire) sans mettre votre santé en danger ! Joie !

∞   On pourrait également parler d’un 4ème principe, celui de la réversibilité : dans l’immense majorité des cas, il est possible de revenir en arrière au cours d’une réparation, et d’effacer les effets de notre travail.

What else… ?