la laque végétale

urushi

C’est avant toute chose la sève d’un arbre : le Toxicodendron vernicifluum (ou plus simplement, arbre à laque) qui pousse en Asie du Sud-Est.

Chaque année, de juin à novembre, cette sève est récoltée par saignées.

Elle va ensuite passer par plusieurs procédés artisanaux afin de venir urushi : la laque végétale utilisée dans le Kintsugi.

Ce revêtement naturel d’une solidité extrême (il résiste même à l’acide sulfurique) est utilisé depuis des milliers d’années en Asie, pour protéger les peignes, les bols, les armures, et tout un tas d’autres objets de la vie quotidienne.

Et peu à peu, les artisans y ont vu un fort potentiel esthétique !

A l’état liquide, la laque est une matière toxique qui peut provoquer de sérieuses éruptions cutanées à cause de son composant principal, l’urushiol.

Pour la faire durcir, il faut exposer longuement la laque à un air chaud et humide, c’est ainsi qu’elle va sécher (en fait, elle polymérise !) et perdre toute sa toxicité.

Pour l’art de l’urushi plus de 30 déclinaisons de laque peuvent être utilisées.

En Kintsugi, on peut s’en sortir avec seulement trois sortes.

ki-urushi

Une fois la sève de notre arbre récoltée, elle va tout d’abord être filtrée afin de retirer les impuretés, puis brassée, afin que l’eau et l’ushuriol (les deux composants de la sève) soient bien mélangés et nous donnent donc ki-urushi.

Il en existe de différentes qualités : une seule et même sorte de laque peut avoir plusieurs noms en fonction de l’utilisation qu’on en fait. Pire, elle peut avoir deux noms différents selon l’artisan à qui on le demande ! Pour faire simple, disons que la qualité de la laque dépend du moment où elle va être récoltée.

Dans le Kintsugi, on utilise beaucoup Shitaji, qui va nous servir à recoller les morceaux et à préparer des enduits de comblement (pour reboucher les trous).

kuro-urushi

La laque kuro-urushi (« laque noire » en VO) est certainement la plus connue de toutes. Elle est fabriquée à partir de ki-urushi dont on vous a parlé la dernière fois.   

Pour fabriquer kuro-urushi, la laque brute ki-urushi est chauffée afin faire chuter son taux d’humidité. On obtient alors une laque translucide qui sera ensuite mélangée à du sulfure de fer pour lui donner sa couleur noire caractéristique.  

Et là, tout comme ki-urushi, il existe de nombreuses déclinaisons de kuro-urushi : certaines laques sont mélangées avec un peu d’huile, d’autres seront plus ou moins brillantes, etc.

Nous, dans le Kintsugi, on utilise beaucoup Kuro roiro, qui nous permet d’étanchéifier la pièce, de la rendre propre à un usage alimentaire, et de préparer la surface sur laquelle on viendra délicatement poser l’or.

iro-urushi

Iro-urushi, ça veut dire…laques colorées !

Le procédé de fabrication est similaire à celui de la laque noire : une laque devenue translucide par chauffage de la laque brute, qu’on mélange ensuite à des pigments naturels.

Les possibilités sont relativement restreintes : la laque végétale ne se mélange pas à n’importe quels pigments et seules quelques couleurs sont disponibles.

La couleur la plus répandue est le rouge (le vermillon pour être précis). Elle est beaucoup utilisée au Japon pour laquer les bols, les assiettes. Mais on trouve également du jaune, du vert, du bleu, …

En Kintsugi, on utilise une laque rouge sombre que l’on appelle « Bengara ». La laque translucide est mélangée à de l’oxyde de fer d’une couleur rouge ocre (à l’origine, cet oxyde était importé…du Bengale bien sûr !).

Cette laque nous servira au moment de poser l’or.